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Pathologie de la démocratie. Essai sur la perversion d'une idée. Christian Saves Edit. IMAGO
La démocratie a eu raison de ses ennemis jurés, les systèmes totalitaires. Seul type de régime dorénavant acceptable, modèle indépassable, elle n'en est pas pour autant exempte de tout reproche. Cependant, le péril qui la menace n'est plus de nature extérieure ; il aurait plutôt des causes internes.
Puisant ses exemples dans la vie politique des dernières décennies, Christian Savès s'interroge sur les ambiguïtés et les insuffisances de notre démocratie. Il énumère et analyse avec sagacité les affections qui l'anémient : séparation fictive des pouvoirs, conflit insoluble de la liberté et de l'égalité, défaillances du parlementarisme et sectarisme des partis, assujettissement choquant du citoyen à l'administration, du droit à la politique, complaisance obstinée des « clercs » pour les idéologies, corruption généralisée trahissant une crise magistrale de l'esprit civique et un recul sans précédent de l'éthique.
Loin des querelles partisanes, cet ouvrage met en évidence le nouveau défi lancé à la démocratie : reconnaître ses faiblesses pour mieux les surmonter, éviter ainsi la décomposition d'un idéal cher jadis à Socrate et qui, enrichi par l'Histoire, constitue la part la plus précieuse de notre héritage politique.
Qu'est-
Sociologue français, disciple de Max Weber, Julien Freund est certainement l’un des penseurs les plus intéressants parmi ceux classés dans la droite française de la seconde moitié du XX° siècle.
Voici une rapide note de lecture d’un de ses textes centraux : « Qu’est-
La politique, nous dit Freund en introduction, passe aujourd’hui pour un pur objet de connaissance. C’est une erreur : elle est d’abord action, c'est-
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Pour démontrer la pertinence de ce point de vue phénoménologique, il faut tout d’abord dégager une finalité propre à l’essence du politique – donc une finalité valable en tout lieu, en tout temps, et qui est spécifiquement politique. Peut-
Julien Freund répond : le but du politique se détermine en fonction du sens de la collectivité qu’il sert, car il consiste dans la volonté d’une unité politique de conserver son intégrité et son indépendance dans la concorde intérieure et la sécurité extérieure. Donc il existe un but qui définit l’essence du politique – conserver l’intégrité de l’unité politique – mais ce but téléologique dépend, dans son application pratique, du sens que l’unité politique se donne à elle-
Ce but téléologique, la conservation de l’intégrité de l’unité politique, peut être défini comme le bien commun (Thomas d’Aquin), le salut public (Hobbes), l’intérêt commun (Rousseau), le bien de l’Etat (Hegel), le bien du pays (Tocqueville). Au-
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Cette production du sens commun est d’autant plus indispensable à la définition du bien commun que le bien commun est résolument unitaire, c’est le bien de toute la communauté, alors que la communauté elle-
Sans ce discours fondateur du sens, la politique ne débouche sur rien, quelle que soit l’habileté déployée dans l’utilisation de ses moyens propres. Freund cite le cas de Tamerlan, qui sut conquérir la moitié de l’Asie, mais qui, faute d’avoir produit le sens capable d’assurer la cohésion de son empire, ne laissa finalement qu’une œuvre sans lendemain.
A l’inverse, dans de nombreux cas, la production du discours fondateur du sens est la seule finalité poursuivie par les acteurs eux-
Cela est d’autant plus vrai qu’en politique, le seul moyen de démontrer sa compétence, c’est précisément de vaincre. Le politique n’a pas à affronter la question de la responsabilité morale, à peine celle de la culpabilité. En revanche, la défaite lui est interdite, et surtout sur le terrain du sens. Le politique qui ne parvient plus à formuler un système de fins cohérent disparaît en tant qu’acteur, il est le jouet des forces qui sont, elles, capables de formuler un tel système.
Sous cet angle, la politique poursuit une finalité eschatologique suprême, dissimulée derrière la définition d’un système de sens cohérent, garant de la robustesse du discours sur le bien commun : conserver la foi, c'est-
Après s’être interrogé sur les finalités du politique, Freund décortique ses moyens.
Il affirme que la force est le principal de ces moyens, et que c’est parfaitement légitime (le politique doit agir pour vaincre). Et comme la ruse elle-
La force politique n’est en rien l’ennemie du droit juste : voilà le cœur du propos de Freund. Si la violence aveugle est toujours l’ennemie du droit naturel, la force politique, encadrée par la raison, quant à elle, n’est que le principe sous-
Il est important, souligne Freund, de comprendre en quoi le droit avec la force est, lorsque le rapport de force le permet, préférable à la force sans le droit. C’est que par le droit, le politique entre au contact avec l’exigence de justice et de bien être, et d’une manière générale avec toutes les demandes humaines. Ainsi, le politique en s’appuyant sur le droit ne se donne pas seulement les moyens de ses finalités téléologiques immédiates (préserver la sécurité et garantir la concorde), il aboutit également dans cette construction du sens commun, réunifié, réconcilié avec lui-
La conclusion de Freund est donc, on l’aura compris, orientée vers la réfutation d’un certain projet marxiste de la société sans classe, donc sans rapports de force et sans compromis à imposer à travers le jeu des forces contraires. Pour Freund, le politique est autonome ; vouloir le réduire à un simple miroir de l’infrastructure économique, prétendre qu’il participe de l’aliénation dès lors qu’il renonce à abolir les classes, c’est se tromper du tout au tout. Le politique est précisément, aux yeux de Julien Freund, ce qui permet de dépasser l’aliénation, dans la confrontation permanente à l’autre.
Et il conclut :
« De ce point de vue, rien ne semble plus arbitraire que la définition que G. Lukacs donne de la pensée bourgeoise : la mentalité qui considère l’histoire comme une tâche insoluble. Quelle ignorance nous autorise à penser que le prolétariat apportera la solution ? Il semble plus exact de dire avec Ranke que chaque époque et chaque génération sont également proches de Dieu – et nous aimerions ajouter : également proche de l’homme. »
Collé à partir de <http://www.scriptoblog.com/index.php?option=com_content&view=article&id=188:quest-
L'éthique expliquées à tout le monde. Roger-
Tu parles de jugements moraux, du bien et du mal, des valeurs, etc. L’éthique, finalement, c’est pareil que la morale ?
Cette question a déjà soulevé de nombreux débats ! Le problème, c’est qu’il est aussi exact de répondre : « Oui, c’est la même chose » que : « Non, c’est différent. »
Comment sortir de là ?
Très simplement, car ce n’est pas au même étage, si je puis dire, que les deux termes sont semblables et qu’ils sont différents.
Commençons par l’étage où ils se confondent. On vient de le dire : les Grecs de l’Antiquité se servaient du terme « éthique » pour désigner ce qui concerne les comportements d’une collectivité ou d’un individu, ce qui est relatif aux mœurs, bonnes ou mauvaises, des êtres humains à un moment donné. Les Romains, à leur suite, ont fait la même chose dans leur propre langue, le latin. Pour traduire èthikè en latin, Cicéron a d’abord pris l’équivalent latin de èthos, c’est-
Ainsi, « morale » dit en latin exactement la même chose que èthikè en grec. Ce sont deux mots parfaitement semblables, même s’ils sont forgés sur des racines différentes. « Morale » est bien la traduction, dans le latin classique, de ce que les Grecs nommaient « éthique ». A partir de ces fondements identiques, une série de domaines semblables se sont constitués : « éthique » et « morale » se préoccupent indistinctement des valeurs, et d’abord du bien et du mal, réfléchissent identiquement sur les fondements de ces distinctions, se demandent semblablement comment discerner, et comment appliquer, les règles fondamentales. Ces démarches se poursuivent en parallèle, dans une langue ou dans une autre.
Alors, d’où vient la différence ?
Il y a encore aujourd’hui des penseurs qui affirment qu’en fait il n’y a pas de vraie différence entre éthique et morale. Je crois, pour ma part, qu’il n’y a effectivement aucune coupure profonde et radicale entre les deux notions. Toutefois, une différenciation progressive s’est établie dans les usages des deux termes.
A l’époque moderne, on a souvent considéré que le terme « morale » pouvait être réservé au type de normes et de valeurs héritées du passé et de la tradition, ou bien de la religion. « Morale » s’est plus ou moins spécialisé dans le sens de « ce qui est transmis », comme un code de comportements et de jugements déjà constitué, plus ou moins figé. En ce sens, on accepte ou on rejette la morale de sa famille ou de son milieu, on suit les préceptes qui la caractérisent, ou bien on les transgresse. La morale semble constituer un ensemble fixe et achevé de normes et de règles.
Aujourd’hui, au contraire, le terme « éthique » s’emploie plutôt pour les domaines où les normes et règles de comportement sont à construire, à inventer, à forger au moyen d’une réflexion qui est généralement collective. Par exemple, l’avancement des techniques médicales crée à notre époque des situations totalement inconnues des générations précédentes. Il est devenu possible de pratiquer des fécondations in vitro, ou de faire en sorte qu’une femme, le temps de la grossesse, porte l’enfant d’une autre -
Face à ces situations inédites, on se demande s’il faut autoriser ou interdire ces pratiques, si elles sont bonnes ou mauvaises, dans quels cas, pour quelles personnes, à quelles conditions. Là, il faut élaborer des règles, les façonner, tenir compte de plusieurs points de vue, trouver éventuellement des compromis. Ce travail est celui de l’éthique, dans le vocabulaire contemporain.
En résumé, si l’on veut distinguer les deux termes, « morale » serait du côté des normes héritées, « éthique » du côté des normes en construction. « Morale » désignera principalement les valeurs existantes et transmises, « éthique » le travail d’élaboration ou d’ajustement rendu nécessaire par les mutations en cours. Source: www.rpdroit.com
Cosmologie et politique. Jan Marejko. Edit. L'Age d'Homme / Essais
Pourquoi les régimes politiques modernes se disentils démocratiques alors que tout ou presque tout les sépare des démocraties antiques ?
Comment les hommes modernes peuventils s'estimer libres d'un côté et, d'un autre côté, prisonniers de formidables technostructures ?
Pourquoi l'espace infini de la cosmologie moderne estil un espace carcéral? Quel rapport entre maladie mentale et principe d'inertie?
Par quel processus la cosmologie newtonienne estelle devenue le fondement de
l'économie moderne ? •
Dans quelle mesure l'image du monde issue du cartésianisme atelle légitimé le totalitarisme ?
L'exploitation de la nature impliquetelle nécessairement l'exploitation de l'homme par l'homme?
Pourquoi le pouvoir n'acquiertil aujourd'hui sa légitimité que par l'organisation ou la protection des activités économiques ?
Le corps humain estil un microcosme ou un simple morceau d'espace? Telles sont quelquesunes des questions abordées dans Cosmologie et Politique.
Après avoir vécu à Paris, New York et Boston, Jan Marejko s'est installé à Genève où il est professeur de philosophie et journaliste.
Les Pathologies de la démocratie. Cynthia Fleury. Edit. Biblio essais
Où en sommes-
Démocratie délibérative, démocratie débattante, démocratie participative
Alban Bouvier
La démocratie délibérative et la démocratie participative sont des idées extrêmement en vogue aujourd’hui, en France aussi bien qu’au Canada, aux Etats-
») et les débats des théoriciens du droit américains sur le sens à donner à laConstitution de 1787 (amendée et modifiée de nombreuses fois, mais toujours en vigueur) et sur le rôle qui doit être, en conséquence, celui de la Cour suprême, entre ces expériences mêmes et les procédures diverses de concertation ou de débat public désormais coutumières en France et au Canada, il y a plus qu’une marge. Surgit en conséquence l’idée que, sous une unité qui pourrait n’être que de façade, seraient en jeu des conceptions très sensiblement différentes de ce que veut dire «délibérer» et «participer» dans une démocratie.
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Source: Revue Européenne des sciences sociales.
Texte intégral en libre accès disponible depuis le 01 février 2010.
Quelques questions sur les fondements des droits humains
Jean-
1
L’angoisse fait l’Homme
Ce n’est pas d’aujourd’hui que le coeur de l’Homme est inquiet. Si l’on souhaite définir avec précision, dans la chaîne qui mène, paraîtil, du singe à l’humain, le moment exact de l’apparition d’une conscience humaine, on devrait s’attacher à repérer l’apparition de l’angoisse, intimement liée à la conscience du temps. Cette expérience est évidemment impossible ; en formuler la possibilité dans l’imaginaire permet au moins une prise de conscience : dès que l’Homme paraît, naît avec lui la tension entre...
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