Mandat N° 1 - Principe axial - DIALOGUE & DEMOCRATIE SUISSE

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Mandat N° 1 - Principe axial

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Principe axial


Le principe axial de toute gouvernance dans la civilisation scientifique

Le passage de la civilisation agraire à la civilisation scientifique – le monde moderne – impose une modification radicale des mentalités que l’on peut illustrer de la manière suivante : la civilisation agraire reposait tout entière sur l’adaptation de l’homme à un milieu particulier, à une localisation précise. Dans ce milieu, il devait opérer une sorte de fusion avec la nature, il devait vivre en communion avec elle, la comprendre, l’apprivoiser progressivement, prévoir le climat, envisager les dangers possibles, anticiper le rythme des saisons. A l’origine, la politique ne se justifiait que par la nécessité d’organiser les moyens de la production agricole et de protéger l’activité de la communauté agraire contre les convoitises extérieures. La création d’entités politiques de plus en plus vastes s’avéra nécessaire à cette dernière fonction.

Dans la civilisation scientifique, et c’est là le point essentiel, l’origine de la richesse ne réside plus dans la nature objective, elle réside dans la nature humaine. L’homme est à la source de la découverte scientifique, il est le créateur des techniques qu’il met à la disposition de ses propres desseins, ses rêves alimentent la quête d’horizons nouveaux, il crée dans ce but des entreprises industrielles ou commerciales, des laboratoires, des centres spatiaux. Dans cette nouvelle civilisation, l’origine de la richesse n’est plus un privilège, elle ne résulte plus d’une appropriation unilatérale de biens objectifs, mais de l’imagination, de l’intelligence et du travail des hommes.

Pour cette seule raison, la politique, telle qu’elle fut traditionnellement conçue, non seulement n’est plus envisageable, mais elle n’a plus de sens. Elle devait organiser et défendre des privilèges, elle doit désormais favoriser la créativité des personnes, l’esprit de recherche et le goût d’entreprendre. Et, puisque l’accroissement de la richesse résulte tout entier de l’intelligence, de l’inventivité et de l’habileté des hommes, la volonté de puissance ne peut plus trouver satisfaction dans la guerre et la conquête : nul ne peut s’approprier les rêves des hommes. Une entreprise scientifique, industrielle ou commerciale, est vidée de sa substance dès qu’elle n’est plus incluse dans un dense système de partenariats scientifiques, techniques et financiers, et d’échanges commerciaux à l’échelle planétaire, animé par une exigence de réciprocité.

C’est bien la preuve qu’ont administrée les régimes communistes : ils saisirent les « moyens de production », sans imaginer qu’ils les isolaient ainsi de la source de leur création, c’est-à-dire l’homme libre en relation avec des égaux, et ils les condamnèrent. Certes, les industries soviétiques ont continué à produire cahin-caha, mais lors de l’effondrement du rideau de fer, la Russie n’était rien de plus qu’un pays sous-développé.

L’apparition de la civilisation scientifique répond ainsi à une spiritualisation du travail et de l’action; son mode de production des richesses n’implique aucune adhésion à un milieu naturel ou à une tradition, mais exige bien plutôt un retour de l’individu sur lui-même dans un effort constant d’invention, d’innovation, de production et de vente dans les meilleures conditions possibles. Une telle spiritualisation de l’action n’est pas principalement menacée par des convoitises extérieures, mais par la violence de ceux qui se refusent à accomplir cet effort sur eux-mêmes ou qui en sont incapables : l’Etat n’y est donc plus nécessaire au sens où on l’entendait autrefois. Désormais le principe axial sur lequel il doit impérativement se construire est l’encouragement du libre exercice de l’intelligence humaine, contre tous les aspects de la violence humaine, y compris ceux qu’à traditionnellement généré l’Etat.

Cette spiritualisation nécessite le respect de la liberté et la tolérance, qui permettent à l’intelligence de s’échapper des routines et des sentiers battus pour ouvrir sans cesse de nouveaux horizons. Elle s’enracine directement dans la maîtrise de soi et, si l’on veut qu’elle poursuive indéfiniment ses effets, elle doit s’inspirer de l’éthique sans jamais se figer dans des attitudes et des certitudes non révisables.



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